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Le soliloque dans la culture africaine

Compte-rendu de la table ronde

Le soliloque dans la culture africaine

 

Tel était le thème de la table ronde qui s’est déroulée le 9 juin 2013 dans le cadre de la quatrième édition du Fundamental Monodrama Festival. Autour de la table ronde animée par Rolf C. Hemke, conseiller artistique du Fundamental Monodrama Festival 2013, dramaturge et directeur administratif du Theater an der Ruhr et auteur de « Theater südlich der Sahara » (2010) et « Theater im arabischen Sprachraum » (2013), s’étaient réunis la Tunisienne Meriam Bousselmi, auteure, dramaturge et metteure en scène, Steve Karier, fondateur et directeur du Fundamental Monodrama Festival, président de Fundamental Asbl, comédien et metteur en scène, Guy Lenoir, fondateur et directeur de MC2a – Migrations Culturelles aquitaine afriques et metteur en scène, et le Burkinabè Etienne Minoungou, comédien et dramaturge, directeur des Récréâtrales et de la compagnie Falinga.

 

« La » culture africaine

 

Comment parler d’une Afrique alors qu’il s’agit d’un continent ? La première évidence culturelle est de scinder l’Afrique en deux, avec d’une part l’Afrique noire ou l’Afrique subsaharienne et d’autre part l’Afrique blanche ou l’Afrique du Nord. Mais même à l’intérieur de ces deux entités, la diversité est de mise.

 

Définition du soliloque

 

Les intervenants se sont trouvés interpellés par le mot « soliloque ». Car, contrairement à d’autres mots généralement usités tels « monologue » ou « monodrame », il ne se réfère pas spécifiquement au monde du théâtre.

Le mot, décortiqué et analysé, s’est prêté à l’émergence de diverses interprétations.

Par soliloque, on entend oralité. On peut y entendre solo (une prestation seul sur scène face au public) ou solitude (une situation où l’intime, voire la souffrance, joue un rôle important). On peut l’associer à l’âme, ses profondeurs, ses états, ses errements, ses divagations. On peut aussi l’associer à la politique. En fonction du domaine, ses inflections changent et il peut ainsi être exprimé sur un ton larmoyant, convaincant, ironique, …

 

Le soliloque africain traditionnel

 

Le but de toute tradition orale est de permettre la transmission et la préservation d’un patrimoine (historique, littéraire, …). En Afrique, où on dit souvent : « chaque fois qu’un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle », elle est toujours fortement ancrée, mais pour combien de temps au vu de l’occidentalisation du continent ?

 

L’oralité en Afrique fait traditionnellement penser aux griots, aux orateurs funèbres, aux conteurs, … Elle serait davantage, à savoir un élément constitutif de la société traditionnelle villageoise. Incarnée donc par tout un chacun qui fait usage de cette parole à voix haute sans se soucier que quelqu’un l’entende. Quoique. Car via ces paroles délivrées est souvent recherché un assentiment, par les autres, ou un positionnement, dans la société par exemple. En outre, dans un flux de mots se cache toujours au moins un message digne d’être entendu.

 

Le soliloque dramatique

 

A l’instar du monologue, le soliloque, pris dans un contexte scénique, induit qu’un comédien, seul sur scène, parle. Ce constat de base fait, on se rend vite compte que l’exploration artistique du genre est quasi inexistante. A qui parle le comédien ? Pour qui parle-t-il ? Autant de questions qui n’ont à ce jour pas de réponse théorique.

 

Les difficultés liées au soliloque dramatique

 

Quand l’auteur joue un texte qu’il n’a pas écrit, comment le comédien peut-il s’approprier le texte par définition intime de l’autre ? Les rouages du jeu sont-ils les mêmes pour un soliloque dramatique et une pièce à plusieurs voix ? Est-ce que le comédien qui s’approprie le texte d’un autre ne risque pas d’entrer en concurrence avec l’auteur, voire de le trahir ?

 

Toute oralité étant liée à l’écoute, le soliloque dramatique serait en danger. C’est un des fléaus indiscutables de nos sociétés d’aujourd’hui ; écouter qui nécessite des efforts a été supplanté par regarder. Or, en ce qui concerne le soliloque dramatique, il y a peu à regarder ; sur scène, un seul comédien et un décor souvent minimaliste. Cela signifie-t-il la mort du genre ? Ou le genre doit-il évoluer en direction par exemple de la performance ou du one-man-show ?