Il me fallait faire un spectacle sur le deuil. Il me fallait aussi être drôle et ne rien dévoiler de ma vie… Un stand-up « délocalisé » où la version américaine de moi-même serait le porte-parole explosif de mon être francophone dépressif. 

Vêtue du masque à la fois superficiel, cynique et explosif d’une américaine moyenne, m’amusant de cette distanciation culturelle et langagière comme unique effet de mise en scène, je me débarasse d’un rapport triste et cérébral au sujet. Les surtitres FR/NL (ou autres), dans mon dos, servent de truchement entre mon personnage et le public. Peut-être bien que ce qui se dit dans une langue ne sera pas traduit «  littéralement » dans les autres… Comme dit Goethe, « So viele Sprachen du sprichst, so oftmal bist du Mensch » : on est autant d’hommes en soi que de langues que l’on parle. Et dans le cas de mon héroïne en mauvaise posture, cette schizophrénie linguistique pourrait bien rendre service… Car si nos capacités de pensée et d’expression sont limitées par notre langue maternelle, les mots, dans une langue étrangère, peuvent-ils libérer des étendues intérieures jusque-là inconnues ? Et dès lors opérer comme des outils de reconstruction ? (F.M)

De et avec
Florence Minder
Oeil extérieur & Surtitrage
Sébastien Monfè
Oreille interne
Brice Cannavo
Création lumières
Jacques Perera
Production
Théâtre National de la Communauté Française
Dimanche 09 juin 2013
21:30 | Banannefabrik